Transport électrique : qui sont les champions d’Europe ?


Ventes de voitures électriques et hybrides, installation des bornes de recharge, aides publiques à l’achat : ces 3 indicateurs sont aujourd’hui indissociables pour comprendre le marché du transport électrique en Europe. Tour d’horizon des bons élèves… et des moins bons.

L’avenir de l’automobile sera électrique ou ne sera pas. Sur la route, les pays européens sont donc tous engagés dans la transition écologique, avec des agendas différents. La France par exemple a décidé l’arrêt de la vente de véhicules thermiques en 2040, tandis que d’autres pays se montrent plus volontaristes avec la fin annoncée des moteurs essence et diesel dès 2025 en Norvège, et en 2030 pour la Suède. Si les ventes de véhicules grimpent année après année, le continent européen n’est pas vraiment un ensemble homogène concernant l’éco-mobilité durable. Pour s’en convaincre, trois indicateurs essentiels s’imposent : l’évolution des ventes, celle des infrastructures (bornes de recharge), et le niveau des aides à l’achat.

Ventes de véhicules en 2020 : 1er Norvège, 2e Islande, 3e Suède

En 2020, contre toute attente sur fond de crise sanitaire, les ventes de véhicules électriques en Europe ont passé le cap du million d’unités sur une seule année, dès le mois de novembre. « Il s’agit des volumes observés en Europe de l’Ouest, c’est-à-dire dans les 15 pays membres de l’Union européenne avant 2004, plus la Norvège, la Suisse et l’Islande, détaille l’analyste allemand Matthias Schmidt. Ce chiffre représente 10% des ventes de voitures neuves, dans un marché total attendu à un peu moins de 11 millions sur l’ensemble de 2020 ». Un marché global pourtant en net recul, les ventes de voitures – tous types confondus – s’étant effondrées par rapport à 2019, avec une chute de 3 millions de véhicules vendus. La tendance pro-électrique semble quant à elle pérenne.

Les constructeurs de véhicules non-thermiques se frottent donc les mains : en 2020, les ventes de véhicules électriques ont doublé en Europe avec 538 772 voitures électriques et 507 059 hybrides rechargeables, la Renault Zoé et la Tesla Model 3 étant reines toutes catégories des ventes. En France, l’année 2020 a comptabilisé 110 911 immatriculations pour les seules voitures électriques (contre 12 en 2009 et 42 763 en 2019). Au total, électriques et hybrides confondues, ces voitures ont représenté 11,3% de parts de marché, plaçant la France au 11e rang européen, loin derrière la Norvège (74,8%), l’Islande (45%), la Suède (32,2%) et d’autres pays nordiques. La France ne devance, parmi ses voisins directs, que la Belgique et le Royaume-Uni. Certains y verront un retard à l’allumage, d’autres une grosse marge de progression.

Bornes de recharge : 1er Pays-Bas, 2e Allemagne, 3e France

Si les ventes augmentent sur le vieux continent, les infrastructures de recharge sont encore à la traîne, comme le constate à regret l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA). Quatre pays se partagent à eux seuls 75% du nombre de bornes de recharge : 25,4% aux Pays-Bas, 20,3% en Allemagne, 15,2% en France et 14,3% au Royaume-Uni (si l’on compte encore ce pays suite au Brexit). Les pays les plus en retard étant Chypre, la Grèce et Malte.

En 2020, les Pays-Bas caracolaient donc en tête du classement avec 50.824 bornes (soit une borne pour 333 habitants), la France se classant troisième avec 30.367 unités (soit une borne pour 2 233 habitants). Pour combler ce retard, le gouvernement français a lancé un programme ambitieux – peut-être difficile à atteindre – de 100000 bornes d’ici début 2022. Barbari Pompili et Jean-Baptiste Djebbari – respectivement ministre de la Transition énergétique et des Transports – s’y sont engagés en octobre dernier lors de la signature d’une charte, assortie d’une enveloppe de 100 millions d’euros. Si les pouvoirs publics se montrent optimistes, la réalité ne suit pas encore : déjà en 2018, le gouvernement annonçait la barre des 100000 bornes publiques pour 2021, et des 7 millions pour 2030. De plus, à l’heure actuelle comme le signale Le Monde, seulement 8% des bornes sont à haut débit. Il faut donc faire plus, et plus vite, d’autant que la demande est là. Les 100 millions d’euros promis risquent d’être largement insuffisants.

Selon l’ASFA (Association des sociétés françaises d’autoroutes), les bornes de recharge ultrarapides sont des bornes « alimentées en énergie 100% renouvelable et permettent de récupérer plus de 80% d’autonomie en moins de 30 minutes ». Sans elles, l’essor de l’électrique en France restera bridé. Dans ce concert, les industriels ont aussi leur partition à jouer, à commencer par les SCA (sociétés concessionnaires d’autoroutes). Parmi elles, Vinci Autoroutes gère plus de la moitié des 9.200km du réseau français. Dans le cadre de sa politique bas carbone, l’entreprise développe ses équipements électriques : « L’autoroute constitue un terrain propice au développement de toutes les formes d’éco-mobilités, expliquait Pierre Coppey, PDG de Vinci Autoroutes, lors de l’annonce d’un investissement de 1,7 milliard d’euros en Occitanie, région présidée par la socialiste Carole Delga. En transformant l’infrastructure autoroutière avec des aménagements et des équipements ciblés – comme des bornes électriques –, on crée les conditions du déploiement de mobilités plus efficientes, plus collectives, plus propres. » Si la tendance est bonne, il reste encore beaucoup à faire pour couvrir l’ensemble du territoire, sur autoroute et également sur le réseau secondaire.

Aides à l’achat : 1er Roumanie, 2e Croatie, 3e Allemagne

…et la France seulement 8e du classement concernant les aides à l’achat de véhicules électriques neufs. Étonnamment, des pays ayant un PIB par habitant beaucoup plus faible que la France sont bien plus incisifs en termes d’aides gouvernementales. Avec 7000 euros de primes, la France est en effet devancée par la Pologne (8350€), la Slovaquie (8000€), la Slovénie (7500€) et la Hongrie (7350€). En tête du classement, un trio se détache avec l’étonnante première place de la Roumanie (11500€), suivie de la Croatie (9200€) et de l’incontournable Allemagne (9000€), encore une fois sur le podium.

Toujours d’après l’ACEA, tous les pays européens ont un point commun : le prix d’achat – encore trop élevé – des véhicules électriques, prix qui reste « un obstacle majeur pour les consommateurs ». Selon l’association, les pays les plus en retard – moins de 1% des parts de marché pour l’électrique – affichent un PIB par habitant inférieur à 30000 euros, comme la Grèce ou l’Italie. Sur le sujet, il ne faudra donc pas attendre de tour de magie.

La bataille du prix pourrait pourtant basculer dans le bon sens. Les analystes du marché de l’électromobilité sont même optimistes, assurant que les constructeurs proposeront bientôt des modèles en-dessous de la barre actuelle des 25.000 euros : « Il y a un effet de masse et les prix décroissent, assure, dans La Tribune, Éric Esperance du cabinet Roland Berger. À partir de 2023, on va s’aligner sur le prix d’usage des modèles essence et il n’y aura plus besoin de primes. » Renault, leader du marché français, travaille d’ailleurs sur un petit modèle urbain à 10.000 euros (bonus déduits), la Spring, comme l’a annoncé en novembre dernier Emmanuelle Brosse, directrice des véhicules électriques de la marque au losange.

Mais les incitations des États ne sont pas que financières : elles sont aussi d’ordre politiques et éthiques. En effet, plusieurs capitales ont déjà interdit leur centre-ville aux véhicules polluants, comme Copenhague, Bruxelles, Rome et Paris. Les populations européennes, séduites par les politiques écologistes, sont de plus en plus conscientes de la nécessité de s’équiper en électrique. Reste à mettre tout en œuvre pour leur faciliter la vie.

Article proposé par Eric Mattei
Éric Mattei travaille dans la fonction publique territoriale, sur les questions d’aménagement du territoire et d’environnement durable. Profitant de son temps libre, il commence à partager ses analyses et son point de vue sur ces questions d’actualité.